Le room-service du Prince Maurice
Chacun de nous a sa propre notion du luxe dans l’hĂ´tellerie. Pour certains il s’agit du marbre et des ors de la salle de bains, pour d’autres de la discrĂ©tion du service et du choix des oreillers. Je dois avouer que mes critères varient en fonction du lieu (on n’apprĂ©hende pas le luxe de la mĂŞme façon aux Seychelles ou au Botswana…) et surtout en fonction de mes humeurs :
- ai-je besoin de calme ?… J’apprĂ©cie qu’on ne vienne pas renouveler mes draps de bain au beau milieu de ma sieste.
- ai-je envie de raffinement ?… Offrez-moi le thĂ© earl grey qui convient Ă mes petits matins.
- ai-je tendance Ă me faire dorloter ?… Je m’Ă©panouis sous les sourires sincères du personnel.
Mon luxe fut une baignoire de cuivre sous une tente du Botswana. Ou les attentions charmantes d’un serveur de l’Ă®le Maurice. Ou encore la possibilitĂ© de travailler (eh oui !) dans une chambre parfumĂ©e avec vue sur le lagon mais dans des conditions telles que je pouvais surfer sur le web allègrement pour y faire des recherches, tout en publiant sur mon blog et en conversant via MSN avec l’Australie.
Ce que je crains essentiellement lorsque j’arrive pour faire un reportage dans un hĂ´tel de haute catĂ©gorie, ce sont les promesses vaines : sur le site Internet on vous annonce une connexion web dans chaque chambre. Souvent, une fois sur place, vous vous apercevez qu’il vous faut le câble que vous n’avez pas emportĂ© ou qu’il s’agit de (très) bas dĂ©bit. Bien sĂ»r me direz-vous, quelle idĂ©e saugrenue que de vouloir utiliser Internet librement depuis sa chambre lorsqu’on rĂ©side dans un hĂ´tel de luxe et sur une destination de rĂŞve ?… Oui mais voilĂ , une grande partie de la clientèle de ces hĂ´tels est une clientèle d’affaires, des rĂ©sidents temporaires qui verront Ă peine les pĂ©tales de fleurs Ă©parpillĂ©s sur le lit mais qui seront très sensibles Ă tous les services proposĂ©s. Comme l’accès direct Ă Internet ou les menus du room-service qu’ils utiliseront pour pouvoir travailler en mĂŞme temps !
J’ai testĂ© les deux au Prince Maurice, sur l’Ă®le du mĂŞme nom. Alors que je venais de passer dix jours dans un 4*L Ă quelques kilomètres de lĂ en Ă©tant obligĂ©e de me rendre chaque soir au bar de l’hĂ´tel qui disposait d’un accès wifi libre alors qu’il m’avait Ă©tĂ© impossible de connecter mon PC dans ma chambre (malgrĂ© les soins du responsable local), je pouvais enfin poser mon ordinateur sur le bureau de la chambre et publier mes articles sans devoir chercher chaque soir un siège disponible vers 23:00 tandis que la moitiĂ© de la clientèle masculine encourageait « chaleureusement » telle Ă©quipe de foot ou tel joueur de tennis sur l’Ă©cran gĂ©ant du bar… C’est dire si j’apprĂ©cie les services du room-service !
DĂ©pendante de l’ordinateur et d’Internet lorsque je travaille, en dĂ©couvrant ma chambre au Prince Maurice je vĂ©rifie immĂ©diatement l’accès au prĂ©cieux dĂ©bit. Le jeune employĂ© qui m’accompagne teste la lampe du bureau et se confond en excuses en constatant que l’ampoule est grillĂ©e, ce qui me fait plutĂ´t sourire gentiment. Par contre j’en profite pour lui demander une extension multi-prises puisque tous mes accessoires nĂ©cessitent d’ĂŞtre rechargĂ©s chaque soir et la seule prise disponible (en dehors de celle utilisĂ©e par la lampe) sera insuffisante. HabituĂ©e de l’Ă®le Maurice, je pense avoir une bonne heure devant moi avant que ma requĂŞte ne soit satisfaite et j’en profite pour prendre quelques photos de la chambre avant que mes bagages et mon mode de vie nomade n’en gâche l’Ă©lĂ©gance. Pourtant, Ă peine ai-je le temps de cadrer certains Ă©lĂ©ments que le jeune Mauricien est dĂ©jĂ de retour avec un jeu d’ampoules et une rame de multi-prises neuve ! Un bon point pour la cĂ©lĂ©ritĂ© du service au Prince Maurice !…
RassurĂ©e sur ma connexion Internet disponible et haut dĂ©bit, je prends quelques rendez-vous pour bâtir mon reportage puis je me penche sur la carte du room-service. Pour nous autres photographes il est souvent dĂ©licat de photographier les mets proposĂ©s par les restaurants de ces hĂ´tels. Un petit snobisme empĂŞchant de jouer les touristes en photographiant Ă la hâte chaque assiette dĂ©posĂ©e devant nous tout en sachant que le rĂ©sultat ne sera pas Ă la hauteur sauf en prenant son temps et donc en assumant le risque de manger le plat froid, la volontĂ© de ne pas utiliser de flash pour ne pas dĂ©ranger les autres convives et donc l’obligation de travailler avec des rĂ©glages sensibles et l’utilisation d’un pied photo, tout cela m’amène souvent Ă demander quelques amĂ©nagements : obtenir l’autorisation de photographier un buffet ou la salle de restaurant quelques minutes avant l’arrivĂ©e des premiers clients affamĂ©s, et demander Ă pouvoir photographier dans un coin du restaurant des assiettes que je goĂ»terai froides et donc avec un jugement altĂ©rĂ©. Mais souvent, je choisis l’option d’utiliser le room-service pour me faire livrer un repas complet dans la chambre et avoir ainsi toute libertĂ© de travailler sans gĂŞner ni les clients ni le personnel. Une solution très pratique si la carte offerte par l’hĂ´tel pour son service en chambre est Ă la hauteur du service au restaurant. Et ce n’est pas toujours le cas…
Au Prince Maurice ce soir-lĂ j’examine attentivement la carte pour y sĂ©lectionner des plats colorĂ©s pour la photo, et si possible savoureux pour satisfaire ma gourmandise et les besoins de mon reportage. Point de salade composĂ©e ou de mixed-grill international, il me faut de la cuisine locale, des Ă©pices qui chantent et du soleil dans mon assiette ! Très vite rassurĂ©e par une carte haute en couleurs, j’Ă©carte les gambas aux Ă©pices pour arrĂŞter mon choix sur un plat indien et un dessert aux parfums dĂ©licats. Je passe commande, je prĂ©pare mon matĂ©riel photo et j’attends…
LĂ encore je ne patienterai pas très longtemps ; moins de trente minutes plus tard, Ă heure dite, deux serveurs arrangent discrètement une petite table, avec goĂ»t et sophistication : une lourde nappe blanche, des couverts en argent, un jetĂ© d’Ă©pices et de baies pour le dĂ©cor, un photophore pour l’ambiance. Puis ils soulèvent les couvercles des plats pour me laisser apprĂ©cier le fumet et l’harmonie de ma sĂ©lection. Une corbeille de pain divers bien garnie accompagne les Ă©lĂ©ments constituant mon plat indien qui s’avĂ©rera Ă©picĂ© comme il se doit, suffisamment pour me transposer Ă Bombay, point trop pour ne pas affoler mes papilles d’EuropĂ©enne. Du poulet dĂ©coupĂ© en fines bouchĂ©es, une sauce onctueuse et savoureuse, des Ă©pinards en branches (ou Ă©taient-ce des brèdes, l’Ă©pinard mauricien ?) fraĂ®chement cuisinĂ©s, et une galette de pain Ă l’indienne, croustillante Ă souhait.Â
Avec une impatience tranquille aiguisĂ©e par la gourmandise, je m’affère pendant quelques minutes autour des plats, corrigeant un rĂ©glage, dĂ©plaçant une lampe pour diffuser une lumière dorĂ©e sur l’ensemble. La banquette aux coussins paprika invite au repos et Ă la dĂ©gustation. J’ai fermĂ© les persiennes de ma chambre pour ne pas attirer l’attention des clients en maraude sur la plage Ă quelques mètres de lĂ mais je les rouvrirai quelques minutes plus tard pour profiter de la terrasse sous la lune en dĂ©gustant mon dessert.
Dans l’après-midi j’ai rencontrĂ© le chef des restaurants du Prince Maurice, jeune Australien aux dents longues qui oeuvre aux destinĂ©es du Barachois et de L’Archipel. Seul Ă©tablissement de l’Ă®le affiliĂ© aux Relais & Châteaux, le Prince Maurice s’enorgueillit, Ă juste titre, d’une carte valorisant les produits de l’ocĂ©an indien et respectant la pluriculture de l’Ă®le Maurice tout en dĂ©veloppant une crĂ©ativitĂ© qui surprend le convive exigeant. Après avoir eu la primeur d’un dessert Ă l’architecture d’avant-garde, j’ai choisi ce soir une mousse letchi surmontĂ©e de kiwi et agrĂ©mentĂ©e de meringue. Un dĂ©lice au goĂ»t de trop peu !
Un peu plus tard, prenant des notes sagement Ă©tendue sur le matelas Ă©pais d’une chaise longue sur ma terrasse, je ferai le point sur le room-service de l’hĂ´tel Prince Maurice :Â
- une carte courte mais habile répond à toutes les exigences et tous les régimes alimentaires,
- la rapidité du service est déconcertante sur une île au soleil !
- la qualitĂ© des plats livrĂ©s est Ă la hauteur de la rĂ©putation de l’hĂ´tel et des Relais & Châteaux.
Enfin, mĂŞme si j’ai regrettĂ© de n’avoir personne avec qui partager ce festin privĂ© dans un cadre raffinĂ©, j’ai apprĂ©ciĂ© l’intimitĂ© du moment qui permet de se dĂ©tendre tout Ă fait sans se prĂ©occuper de sa toilette ou de bonne Ă©ducation. Aurais-je osĂ© tremper le pain aux cĂ©rĂ©ales dans la sauce si j’avais Ă©tĂ© en salle ?…
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| Adresse | Prince MauriceChoisy Road Poste de Flacq, ĂŽle Maurice |
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| Accès | SituĂ© dans l’Est de l’Ă®le, Ă 40 mn de l’aĂ©roport de Plaisance. | |
| Environnement | Sur une pĂ©ninsule privĂ©e de 60 hectares de terres totalement prĂ©servĂ©es, Ă l’abri du vent qui souffle souvent sur l’Est. | |
| Chambres | 76 suites Junior dont 8 sur pilotis (70 m²), 12 suites Senior (130 m²), une suite Princière (350 m²). | |
| Gastronomie | A la fois Ă©lĂ©gante et savoureuse, parfumĂ©e, Ă©laborĂ©e Ă partir de produits locaux ou en provenance des destinations limitrophes (boeuf d’Australie,…). | |
| A lire | Voyage Ă l’ĂŽle de France, Bernardin de Saint-Pierre | |
| J’aime | Le parfum d’ambiance issu d’essences naturelles, la plage Ă l’abri du vent, l’excellence de la table. | |
| Je n’aime pas | Le tarif de la bouteille d’eau minĂ©rale… | |
| Tarifs | Selon les saisons, consultez l’hĂ´tel. | |
| Partir avec | Air Mauritius | |
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Rédactrice, auteur et photographe, Marie-Ange Ostré publie chaque semaine le récit et les photos des reportages qu'elle effectue dans les plus beaux hôtels du monde, dans les meilleurs boutique-hôtels, dans les hôtels de charme... Des tests réalisés sur place, pour vous raconter ensuite !
