Lémuria Resort, apprendre à plonger

25 mars 2009

Se lever le matin avec une légère appréhension quand on coule des jours paisibles dans un éden prisé des voyageurs de luxe, c’est anormal. Prendre un petit déjeuner en se demandant s’il est bien raisonnable de commander des oeufs brouillés que l’on accompagnera de marlin ou d’espadon fumé ou s’il vaut mieux se contenter de fruits plus légers pour éviter le mal de mer, c’est inconfortable. Mais trente minutes plus tard écouter les premières explications d’un moniteur aguerri tandis que l’eau du lagon turquoise murmure le chant des sirènes, c’est remettre en situation l’inquiétude légitime de tout débutant en plongée sous-marine.

Par un matin radieux de mars, sous le soleil déjà brûlant des Seychelles, je suis du regard toutes les manifestations d’attention soutenue d’un postulant au baptême de plongée. Prête à embarquer dans le bateau du centre de plongée du Lémuria Resort tenu de main de maître par la dynamique Vivi (diminutif d’un Viviana trahissant ses origines latines), j’attends que mon binôme, Allemand au large sourire, ait choisi un équipement compatible avec sa haute stature et ses larges épaules. Le programme du matin est simple, une première plongée dans les vingt mètres, pour repérer les lieux ; puis au retour nous embarquerons l’apprenti plongeur et j’ai obtenu l’autorisation de l’accompagner sous l’eau. Une façon comme une autre de prolonger mon plaisir sous-marin en profitant de toutes les opportunités.

Au cours des années j’ai croisé un certain nombre de voyageurs désireux de passer enfin sous la surface, quelles que soient leur motivation première. Et en grimpant à bord, tandis que l’élève du jour répète dûment les signes de communication sous l’eau avec son moniteur, je songe que, JAMAIS, je n’ai vu de plongeur débutant râter son baptême de plongée. On peut se faire mal avec une mauvaise chute au judo, avec une mauvaise maîtrise de son effort en athlétisme, ou se froisser un tendon au cours de sa première leçon de tennis, mais vous ne verrez jamais un apprenti plongeur remonter sur le bateau avec des plaies et des bosses. Au pire, il se frotte le bout des doigts parce qu’il a oublié la consigne absolue du « on ne touche à rien sous l’eau » et que la pulpe de ses doigts a confondu roche et corail. Au mieux, les étoiles qui brillent dans ses yeux illuminent sa journée et embelliront ses rêves…

Une heure plus tard, nous revenons dans la petite Anse Kerlan pour embarquer le plongeur et son moniteur, puis nous repartons aussitôt vers son premier lieu d’immersion en mer. Serein, souriant, le candidat de Neptune écoute les dernières recommandations du Seychellois expérimenté qui rappelle les gestes d’indication d’autonomie en air et celui de problèmes potentiels : mal aux oreilles ? le doigt est pointé vers l’oreille récalcitrante. Panne d’air ? la tranche de la main s’agite sous le gosier du malheureux. Une panne d’air ne doit pas survenir lors d’un baptême de plongée puisqu’il ne doit durer qu’une vingtaine de minutes, trente si le plongeur se sent à l’aise, et la profondeur n’excède pas douze mètres pour une première immersion. 

Sept minutes plus tard le bateau ralentit jusqu’à s’arrêter le long des roches extérieures de celle que je considère comme l’une des plus belles plages du monde : Anse Lazio. Un lagon lapis-lazulis serti d’une plage de sable farine qui colle aux chevilles, enchâssé de granit rose poli par les siècles. J’envie l’innocent qui s’apprête à pénétrer le monde sous-marin de Cousteau dans l’un des plus beaux endroits au monde ! Un baptême de plongée de luxe, dans un cadre de rêve.

Mais l’homme est souriant, rassuré par vingt minutes d’essai du matériel dans la piscine de l’hôtel. Au Lémuria Resort, vous testez le gilet, le détendeur et votre lestage dans la piscine principale, sous les yeux des autres clients intéressés par votre aisance, et par votre sourire en sortant de l’eau. 

Japha, le moniteur aux épaules carrées, l’assiste pour enfiler son gilet, vérifie que le masque a été nettoyé pour éviter la buée. Puis il passe à l’eau pour attendre son élève et le skipper commence le décompte avant la bascule arrière : « prêt ? trois, deux, un !…« .

La main droite maintenant en place le masque et le détendeur, la main gauche placée instinctivement sur l’inflateur du gilet, les fesses positionnées sur le bord extérieur du bateau, le corps bascule lentement vers l’extérieur jusqu’à être emporté par le poids de la bouteille de 12 litres en acier. Le plouf caractéristique précède de peu les palmes en bouquet et la gerbe d’eau qui remplace le champagne : le baptisé est à l’eau !

Très vite, je vois émerger le crâne du plongeur qui cherche déjà des yeux le visage de son moniteur. Japha s’approche, vérifie : « ça va ?« . Un assentiment hululé dans le détendeur : « uh uh !« . On ressert les sangles du gilet pour qu’il colle au corps du néophite, on vérifie que la ceinture de plombs est bien en place sur les hanches, puis Japha indique le signe de la descente puisqu’il n’a décelé aucune panique dans les yeux de son plongeur.

L’élève appliqué tend alors l’inflateur vers le ciel pour dégonfler le gilet. Pschttt…

Les yeux dans les yeux, élève et moniteur passent sous la surface. Les oreilles s’emplissent d’eau, et le monde du silence se révèle en réalité bruyant : inspiration dans le détendeur, expiration provoquant un bouillonnement de bulles, petites impulsions d’air dans le gilet pour freiner un peu la descente sous l’eau,…

Le moniteur surveille le passage des oreilles, veille à ce que le plongeur fasse correctement sa manoeuvre de Vasalva pour ne pas souffrir des tympans. Tout se passe bien.

Pendant les deux premières minutes, le temps que j’entre à mon tour dans l’eau mais de l’autre côté du bateau pour ne pas effrayer le débutant, Japha surveille attentivement toutes les réactions de son plongeur qui est, lui, déjà tout au plaisir de sa découverte. Déterminé, il prête à peine attention à son ange gardien et esquive déjà le mouvement des premières brasses pour aller vers le banc de priacanthes écarlates qui traverse son paysage à portée de palmes. Précautionneux, Japha le retient sagement et lui indique la corde d’ancrage : pour descendre progressivement (et pour ne pas effrayer les plus réticents), on descend le long de ce repère visuel, jusqu’au fond de sable immaculé qui renvoie les rayons du soleil vers les flancs argentés des poissons-majors et du poisson-trompette qui accompagnent les premiers regards du plongeur.

D’un commun accord avec Japha sur le bateau, je vais me tenir soigneusement derrière le plongeur apprenti pour ne pas le mettre mal à l’aise dans ses premières minutes et pour ne pas le placer en position de surenchère. Il arrive parfois qu’un plongeur débutant ait envie de prouver qu’il est plus à l’aise que nécessaire, jusqu’à la maladresse (bien naturelle à ce stade). Je vais donc déambuler tranquillement en suivant les deux plongeurs pendant vingt minutes, et admirer sereinement la faune alentours.

Devant moi le plongeur s’autonomise très vite : nageur expérimenté, et peu habitué aux limitations du champs de vision imposé par le masque, il tourne la tête en tous sens comme pour en voir le plus possible dans un minimum de temps ! Curieux ou boulimique ?… Certainement pas stressé en tous cas : il tend très vite le doigt vers un platax qui frôle son bras, et son moniteur doit lui rappeler de garder ses mains (et ses doigts) pour lui. D’ailleurs Japha commence déjà à lui désigner quelques espèces : ici une petite murène tatouée sort son museau rose tendre pour humer le courant, avant de rentrer apeurée dans son trou. Là, c’est un ballet de trois petites pterois (photo ci-contre) qui surprend le plongeur ; et Japha lui fait signe de ne jamais toucher les épines venimeuses situées à l’extrémité des voiles de leurs nageoires. Un banc d’une centaine de lutjans en pyjamas citron rayé de blanc lui file sous le nez. Le plongeur s’agite, se retourne, revient,… Il y a tant à voir, tant à découvrir !

Un instant déséquilibré par le poids de sa bouteille, il reprend position naturellement, en ayant évité de justesse quelques roches aux aspérités acérées. Il lui faut oublier l’instinct de la brasse pour préférer les mains jointes sous le ventre et les jambes tendues, pour ne plus se déplacer qu’en palmant.

Japha lui fait signe de le suivre et lui désigne un poisson ballon littéralement encastré entre roche et buisson de corail. Les yeux peu exercés au monde sous-marin peinent à comprendre qu’il s’agit là d’un poisson et le moniteur doit alors chasser d’un geste doux une petite antennata orangée pour mieux montrer le poisson rond qui se gorge d’eau pour faire ressortir ses épines dès qu’il se sent en danger. Pour l’heure, le poisson nullement dérangé dans sa sieste se contente de bouger d’un millimètre, juste assez pour signifier son dédain.

C’est un poulpe qui va me ramener à hauteur du plongeur, un poulpe qui se glisse voluptueusement entre les mains de Japha qui le tend à son élève. D’abord hésitant, celui-ci avance un doigt vers les tentacules pour caresser un bras agile qui voudrait bien s’enrouler autour de la main du plongeur. Sensation onctueuse mais ferme, dérangeante mais caressante. Notre plongeur aurait-il lu Jules Verne pour montrer tant de prudence ou préfère-t-il appliquer déjà à la lettre les consignes strictes de la plongée (ne rien toucher) ? Je parierais qu’après cette expérience celui-ci ne tentera plus jamais de toucher à un poulpe, et je préfère voir des plongeurs toucher sous contrôle que tenter l’irréparable en toute ignorance, plus tard.

Quand le poulpe se lasse il file se réfugier sous un corail dur, modifiant à l’instant sa livrée ocre pour imiter la couleur et la structure de son abri naturel. Et j’attrape le bras du plongeur pour lui désigner un second poulpe qui arrive à grandes impulsions en pleine eau, tête en avant, bras en arrières, jusqu’à rejoindre le premier dans son antre. Aurions-nous débusqué là un couple dont le conjoint serait jaloux ?…

Ce sont des carangues jaunes qui vont nous distraire un moment : une centaine de flancs plats, de queues en V, filent en banc serré vers un objectif indéfini. Chasseresses dans l’âme, elles ont sans doute perçu les ondes fébriles d’un banc de jeunes maquereaux qui nous survolait quelques minutes plus tôt.

De patates de corail en roches polies, nous errons encore un moment pour montrer, à tour de rôle, à notre novice, ici un poisson-ange à la livrée rayée, là un collègue semi-circulaire aux écailles de bronze. Les yeux du plongeur vont de l’un à l’autre, d’une nuée de demoiselles vertes aux envolées gracieuses des poissons papillons acidulés. Ce n’est que lorsque Japha me fait signe que je réalise que nous venons déjà de passer… trop de temps sous l’eau. Pour une première fois notre plongeur a si bien réagi que nous l’avons laissé mener la promenade sans encombres. Deux ou trois fois j’ai vu Japha saisir sa robinetterie pour le hisser un mètre plus haut. S’il l’avait laissé faire, le plongeur serait descendu sans se rendre compte jusque dans les vingt mètres. D’un commun accord nous décidons de remonter, même si je surprends dans les yeux de l’élève modèle un soupçon de déception. 

Petit palier de décompression, ne serait-ce que pour le familiariser avec la notion de palier, et nous refaisons surface tranquillement, juste à côté du bateau qui nous attend au même endroit dans le cadre magique de la plage d’Anse Lazio (photo ci-contre). Nous enlevons gilet et bouteille dans l’eau pour éviter tout effort, et nous utilisons l’échelle pour remonter à bord. Nos bouteilles sont déjà rangées dans les racks grâce à la vigilance et à l’efficacité de notre skipper et on nous propose serviettes moelleuses et eau minérale fraîche. 

Je range mon matériel tout en gardant le plongeur à l’oeil : comme tous les baptisés, il est assis sur un banc, les coudes sur les cuisses, le regard perdu à l’horizon. Il n’a pas encore émergé du rêve qu’il vient de vivre… J’échange un sourire entendu avec Japha (en photo ci-dessus), puis il tapote l’épaule de son élève : « alors, c’était bien ?« .

Regard reconnaissant, sourire aux anges et un geste de la main : « c’était… top !!!« .

Les mots lui manquent pour exprimer ses sentiments. Comme pour tous ceux qui découvrent la plongée pour la toute première fois. Dans une heure, l’esprit un peu embrumé et avant une petite sieste réparatrice, il dira « j’ai vu des poissons jaunes avec des taches noires » ou bien il demandera « c’était quoi le bleu avec des rayures orange ?« . Mais pour l’instant, il est tout au bonheur d’avoir découvert un nouveau loisir, un autre monde. Comblé, heureux, il pense déjà à sa prochaine immersion. Demain.

Faire un baptême de plongée est toujours émouvant ; pour le néophyte, mais aussi pour le moniteur qui ouvre les portes d’un autre univers, et également pour ceux qui accompagnent cette première immersion. C’est un cadeau que les plongeurs font à un non-plongeur, une offrande sous forme de « je t’ouvre d’autres horizons ». Ce matin-là nous avons fait le cadeau du monde sous-marin, dans le cadre exceptionnel des paysages seychellois, avec la structure sans faille du centre de plongée du Lémuria Resort. Le plongeur ne pouvait pas être déçu. Et sur le chemin du retour vers l’hôtel, en retraversant la baie d’Anse Lazio lumineuse sous le soleil, ses yeux scintillent et il sourit béatement…

 


 

 

Adresse etoilesLémuria Resort
Anse Kerlan
Praslin, Seychelles
Accès Situé à la pointe Nord-Ouest de l’île, à 7 mn de l’aéroport de Praslin mais sans nuisance.
Environnement Implanté sur 101 hectares, l’hôtel membre des Relais & Châteaux dispose de trois plages d’accès quasiment privé puisqu’il faut traverser le domaine pour y accéder. Les bâtiments utilisant pierre, bois et végétaux, n’excédant pas un étage, sont parfaitement intégrés dans la végétation luxuriante et les suites disposent toutes d’un accès à l’océan indien et d’une vue mer. Une harmonie réussie dans un environnement protégé.
Chambres 88 suites Junior (52 m²), 8 suites Senior (115 m² salon inclus), 8 villas avec piscine privée (725 m² dont 2 chambres), une villa présidentielle avec piscines privées (1250 m² dont 3 chambres).
Gastronomie Trois restaurants et quatre bars, dans une atmosphère raffinée mais détendue, proposant une gastronomie de haut niveau d’influence française et seychelloise contemporaine, parfumée, savoureuse, élaborée à partir de produits frais et d’épices locales. L’une des grandes tables des Seychelles.
Activités Golf 18 trous de championnat, sauna, hammam, gymnase équipé, bain à remous, spa pour soins et massages, centre nautique pour la plongée bouteille, excursions et pêche en mer, croisières vers les îles environnantes,… 
J’aime L’excellence de la table à toute heure du jour, le spa très bien équipé et ses masseuses souriantes et efficaces, le golf 18 trous d’un niveau championnat avec des vues époustouflantes sur le domaine et la mer, le centre de plongée qui prône le confort et la sécurité tout en offrant des sites exceptionnels, le sourire à toute épreuve du personnel et de la direction, les friandises offertes dans les chambres à 16:00, et la plus belle plage du monde : Anse Georgette, un secret bien gardé.
Je n’aime pas Certains clients qui se plaignent de la présence des oiseaux multicolores sur la rambarde de la terrasse du petit déjeuner…
Tarifs Selon les saisons vous serez surpris des tarifs accessibles de cet établissement haut de gamme, consultez l’hôtel.
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4 commentaires pour Lémuria Resort, apprendre à plonger

  1. jerome le 1 avril 2009 à 22 h 32 min

    Bonjour, j’ai fait mon bapteme de plongée l’année dernière en mer rouge et j’hésitais entre les seychelles et les maldives pour faire une formation cette année. On me dit que la saison n’est pas très bonne pour ces iles en été. Pouvez vous me confirmer? Merci

  2. PAQ le 1 avril 2009 à 22 h 37 min

    salut, tu auras un peu plus de vent en juillet et aout dans toute cette zone mais c’est quand meme pas le blizzard. Si tu veux apprendre à plonger les maldives c’est peut etre mieux comme ca tu ne seras pas distrait par les autres attraits des seychelles. Aux Seychelles on a envie de tout voir et pas de rester sur la meme ile. Mais les seychellois sont aussi tellement gentils.

  3. guignard le 7 avril 2009 à 13 h 46 min

    Et quand on souffre des oreilles, que se passe-til lors d’une plongée?

  4. Marie-Ange Ostré le 15 mai 2009 à 14 h 19 min

    Jerome > pour les Seychelles il vaut mieux patienter jusqu’en fin octobre, pour avoir de meilleures conditions en mer surtout au niveau de la visibilité, mais on y plonge malgré tout toute l’année. Quant aux Maldives on m’a conseillé février-mars pour avoir les meilleures conditions, mais tous les plongeurs vous diront qu’on peut aussi y plonger toute l’année. L’eau, aux Seychelles ou aux Maldives, ne descend pas en-dessous de 24°, vous y prendrez toujours du plaisir.

    PAQ > difficile de choisir en effet ; il faut étudier aussi selon quelle « école » on souhaite être formé. Pour les Maldives, c’est PADI partout. Aux Seychelles on trouve PADI mais aussi la FFESSM. Et pour ma part j’aime avoir le choix ! ;-)

    Guignard > on ne plonge pas lorsqu’on a des problèmes de tympan, ou même une simple otite. Question de pression de l’eau sur les tympans (pour ultra résumer !). Les problèmes d’oreille et l’asthme figurent parmi les deux causes les plus incompatibles avec la plongée.

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